25.06.2009
L'enfant du Monastère
Blanche-Neige revisitée à ma sauce
Maintenant il n’y a plus de doutes … Le parquet a donné une conférence de presse et l’information s’est révélée vraie.
Ce petit monastère pourtant paraît tellement sympathique aux yeux de tous. Ce petit bâtiment ancien au milieu du jardin parfaitement aménagé, les petites fenêtres entourées de lierre grimpant, la roseraie si joliment taillée que traverse un petit sentier menant à une chapelle, tout est ode à la beauté et à la perfection.
Quand les voisins ont découvert cette petite fille dans la rue, ils ont cru en une apparition divine. Elle est belle, de la beauté que seuls les enfants sont capables d’avoir. Le visage d’un blanc immaculé, les cheveux blonds comme les blés avant la moisson, les lèvres rouges comme une fraise bien mûre, des yeux d’un bleu si profond qu’on croirait pouvoir s’y noyer.
Un souci cependant… elle est nue. Elle traîne là dans la rue, doucement, à son rythme, émerveillée de tout, tant des fleurs que du soleil, et des chants des oiseaux qui bercent ce quartier champêtre de Paris.
Une dame s’est approchée d’elle, lui a demandé ce qu’elle faisait là toute nue dans cette rue. La petite a eu peur, elle a eu un geste de recul. La dame lui a donné un gilet, le lui a posé sur les épaules, la petite a souri, d’un sourire que les adultes ne peuvent plus avoir, d’un sourire réconfortant.
La dame a essayé de l’emmener chez elle, mais la petite n’a pas voulu passer la porte de la maison, elle est trop obnubilée par le soleil que pour s’enfermer sous un toit. La dame, perplexe, et n’ayant toujours pas entendu sa voix, se décide à appeler la police.
Une patrouille arrive vite. L’enfant est assise à même le sol, toujours le regard tourné vers le ciel. Le policier s’approche, et à sa vue, le regard de la petite se fait noir. Elle a peur. C’est évident. Sous le regard étonné de tous, un attroupement de voisins curieux s’étant formé dans la rue, elle laisse tomber le gilet offert par sa sauveuse, et attend le policier, les larmes coulent sur ses joues pures.
Un moine sort, paniqué. Il est petit, trapu, a un visage sympathique, mais son air est tellement étrange qu’il en serait presque effrayant.
La petite fille le voit, se lève, et va à sa rencontre. Elle jette un regard à la dame, un regard empli de tristesse. Elle regarde le ciel, comme si c’était la dernière fois qu’elle peut le voir.
Le policier ne l’entend pas de la même oreille. Il demande au moine qui est cette enfant, qui et où sont ses parents, et finalement comment se fait-il que le monastère en ait la garde, alors justement que ces moines ont fait vœu de vivre seuls, reclus, sans visite, sans regard extérieur de qui que ce soit.
Le seul à vraiment connaître le monastère est le livreur de l’épicerie du quartier. Justement, le voilà qui arrive avec sa mobylette pétaradante. Il s’arrête devant l’entrée du monastère. Il regarde la foule qui le toise, accusatrice.
Un autre policier s’avance vers lui rapidement, et lui demande s’il a déjà vu cette enfant. Il répond poliment par la négative, qu’il n’a jamais vu que deux personnes là-bas, un moine qui reçoit et vérifie les commandes, et un autre qui le paie à chaque livraison. Il n’a jamais eu connaissance de l’existence de la petite dans cet endroit, et les commandes passées ne montrent pas qu’elle ait pu y vivre, la liste est systématiquement la même, et il n’y a rien qui puisse faire penser qu’un enfant y soit nourri.
Le policier décide d’entrer dans le monastère afin d’entendre le responsable et de voir le papier confiant la garde de l’enfant aux moines.
La petite ne parle toujours pas. Elle tient la main du moine d’un air résigné. Les voisins ont l’impression que toute forme de vie a disparu de l’enfant au moment où ses yeux ont croisés le regard du moine.
L’affaire est vite faite. Aucun document, aucune explication, rien qui puisse prouver que ce petit ange a le droit d’être ici. Le policier, sous ordre de son supérieur, emmène la petite fille dans l’hôpital le plus proche, afin qu’elle soit auscultée, et entendue par des médecins. Peut-être leur parlera-t-elle.
Les médecins sont atterrés. Cette petite fille d’à peine 8 ans a été violée à maintes et maintes reprises. Elle est bien nourrie, n’a aucune trace de coup, mais a été apparemment le jouet sexuel d’une jolie bande de pervers durant des années.
Les services sociaux sont prévenus, ainsi que la police. Tous se rendent en colonne au monastère. Ils sont bien décidés à avoir le fin mot de l’histoire. Ils sont surpris du calme qui y règne à leur arrivée.
Un policier frappe à la porte, aucune réponse ne lui parvient. Il pousse la porte, entre, et découvre sept moines, de tous âges, allongés par terre dans l’entrée principale. Il se jette sur l’un d’eux, il faut se résoudre à l’évidence, il est mort, ainsi que ses six compagnons.
L’affaire fait grand bruit dans le quartier. Les uns parlent de mettre le feu au monastère, les autres contactent les autorités ecclésiastiques afin de leur faire part de leur dégoût face à ce qui se passait depuis des années à côté de chez eux.
La petite est toujours hospitalisée. Des psychologues se relaient à son chevet, essaient de la faire parler, ou dessiner, ou chanter. Rien ne l’attire au point de quitter le ciel des yeux.
Une infirmière un soir a pitié de cette gamine, et se décide de lui lire un livre qu’elle prend dans la salle commune. Elle attrape le premier qu’elle voit : Blanche-Neige et les sept nains. Elle se pose au bord du lit, borde la petite, et pour ce faire pose sur son lit le livre.
La petite paraît horrifiée. Elle tremble, elle se débat, elle essaie de se sauver mais l’infirmière la retient. Finalement, après beaucoup de temps, de câlins et de mots rassurants, l’infirmière parvient à la calmer, et reprend le livre.
La petite pointe du doigt les nains, et elle se met à parler :
- Tu vois, celui-ci c’est Père Joseph, il rit tout le temps. L’autre là, c’est Père Michel. Il crie beaucoup. Et celui qui est là avec la hache sur l’épaule, c’est Père Antoine.
L’infirmière sourit devant la voix de la petite, et tourne la page en lui demandant de raconter la suite de l’histoire. Elle tourne la page et apparaît un dessin de Blanche-Neige.
- Et là, c’est moi ! C’est Blanche. Mais maintenant il ne faut plus tourner les pages, sinon l’histoire devient moins drôle.
L’infirmière rit et demande ce qu’il va se passer dans les autres pages. Le récit est insoutenable. La petite raconte les viols en série, les humiliations, sa vie jusqu’à aujourd’hui.
Les diverses perquisitions du monastère ne donneront pas grand-chose : on y trouvera une photo d’un bébé qui semble être Blanche, un livre de contes revu et redessiné par les moines en version sexualisée, mais pas un jouet, pas une poupée, rien qui puisse prouver que la petite fille ait vécu là-bas de longues années.
Plus tard, on apprendra encore que le clergé n’était pas du tout au courant de l’existence de ce monastère qui n’était reconnu par aucune église officielle.
La petite fille reprend une vie normale, petit à petit, elle veut devenir ornithologue, et vit à présent avec l’infirmière qui lui avait lu le conte, elle en a obtenu la garde légale jusqu’à ce que l’on puisse retrouver ses parents.
Les gens qui la côtoient au jour le jour restent pourtant persuadés que Blanche est un ange venu du ciel, et que ces moines ont sans doute été très mal choisis pour s’en occuper…
21:09 Publié dans Rédaction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note




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