25.06.2009
Une journée banale
Le naturalisme vu aux temps modernes.
Il était humainement impossible d’entrer dans cette pièce sans un haut-le-cœur de dégoût. Tout y était horrible. Le sol devait ne jamais avoir connu l’eau. La table servait apparemment de dépotoir pour toute la maisonnée, il y avait de tout : des langes sales, des journaux publicitaires, des sacs plastiques dont il était sûrement préférable de ne pas connaître le contenu, et, au beau milieu de ce fatras, une casserole fermée. Le reste ne donnait vraiment pas envie de l’ouvrir pour connaître son contenu. Les canapés n’avaient plus aucune couleur, et le pire restait l’odeur nauséabonde qui régnait dans la pièce.
Quand Justine entra dans cette « habitation », elle faillit tourner de l’œil. Elle était pourtant habituée aux drames humains de ce genre, et son métier d’assistante sociale lui avait parfois valut des découvertes assez étranges. Mais jamais à ce point.
Elle venait sur demande de l’école où étaient inscrits deux enfants vivant ici, mais que les institutrices n’avaient jamais vus, l’un de 6 ans, l’autre de 8. Elle avait vu dans les dossiers que le couple avait encore trois petits en âge préscolaire : 3 et 4 ans, et 9 mois.
La mère, qui était venue lui ouvrir, était elle aussi dans un état de crasse indescriptible. Justine osait à peine lui parler, elle était encadrée de deux chiens immenses, mais si sales et si maigres que la race était impossible à deviner. Ils devaient avoir la galle, des plaques entières de leur pelage étaient transformées en amas de saletés gluantes.
Justine osa néanmoins demander où se trouvaient les enfants. La mère grommela une réponse soit dans une langue inconnue, soit avec un accent tel que Justine ne comprit pas. Elle reposa sa question et la mère fit un geste vers un escalier qui se trouvait au fond d’une pièce attenante. Cette fois Justine eut peur, et préféra faire appel au policier qui l’attendait devant la maison afin qu’il l’accompagne.
Ils durent traverser la cuisine, ou du moins ce qui devait avoir été il y a longtemps une cuisine. De deux choses l’une, soit cette pièce servait de vide ordure géant, soit une famille brésilienne entière y logeait ! Il y avait des sacs poubelles dans tous les coins, des excréments de chien barraient le passage vers la porte qui devait mener, sûrement, au jardin, l’évier n’en était plus un, et les placards étaient ouverts, et vides. Elle n’osa même pas demander à voir le frigo, alors qu’elle aurait du le faire pour compléter son rapport de visite.
Elle monta les marches comme elle put, l’escalier également était encombré par un fatras impossible. Arrivant à l’étage, elle entendit des voix d’enfants venant d’une pièce au bout du couloir. En y entrant, elle fut vraiment saisie de violentes nausées. Les enfants étaient nus, sales, le crâne rasé, à même le sol, seul le petit était posé sur un matelas dans un lit cage. Il y avait dans un coin de la pièce un seau hygiénique qui débordait, et s’était renversé sur un matelas. L’odeur était irrespirable ici aussi. Elle se jeta vers la fenêtre afin de l’ouvrir, mais il n’y avait pas de poignée.
Les enfants, la voyant arriver, prirent peur et se cachèrent les uns sur les autres dans le lit cage du bébé. Ils parlaient un langage qu’elle ne comprenait pas, cela ressemblait plus à de petits cris de bébé qu’à un langage existant. Elle sorti son téléphone portable afin d’appeler des ambulances et un renfort de police. Il fallait coûte que coûte sortir ces enfants d’ici.
Le plus grand, sensé être âgé de 8 ans, semblaient à peine plus grand que la nièce de Justine âgée elle de 4 ans, il était maigre à faire peur, son visage fin était déformée par des yeux trop grands, illusion d’optique certainement due à son crâne rasé.
C’est lui qui paraissait le plus effrayé. Les deux plus petits souriaient, comme s’ils sentaient que quelque chose de rêvé arrivait. Elle s’approcha d’eux, et fut accueillie par le grand qui tenta de la frapper en hurlant à la mort. Ce cri la fit sursauter, elle recula afin de les laisser se calmer. Elle leur parlait. Le policier était entré et essayait lui aussi de les rassurer, en vain.
Lorsque les ambulances arrivèrent, Justine n’osa pas descendre pour les accueillir. Elle leur fit signe par la fenêtre de monter au premier étage, en leur faisant signe de venir calmement.
Le plus grand des enfants alla vers la fenêtre et fit des bruits gutturaux qui paraissaient dire aux autres de venir le rejoindre, ce qu’ils firent. Ils étaient en extase devant les gyrophares des 5 ambulances, et des deux combis de la Police.
A cette vue, elle se dit qu’ils devaient n’avoir jamais rien vu. Elle leva les yeux, et découvrit qu’il n’y avait pas d’ampoule au plafond, juste un fil qui pendait lamentablement.
Les ambulanciers montèrent accompagnés de deux médecins urgentistes. Ils ne laissèrent plus le choix aux enfants de les approcher et de les ausculter brièvement. Le plus âgé, lorsqu’il vit l’ambulancier se pencher sur le lit de son petit frère, se jeta sur eux et mordit, griffa, faisant tout pour empêcher l’adulte de toucher au bébé. Le policier l’attrapa à la taille, et le sangla sur l’une des civières posées dans le couloir, posées sur le fatras ambiant.
Justine allait et venait dans ce petit monde, elle avait signifié à la mère qu’elle emmenait les enfants, et qu’elle allait être emmenée par la Police. La mère indigne ne répondit même pas. Elle regardait l’assistance d’un air absent. Elle vit passer la civière, son fils aîné attaché, sans aucune réaction. Elle semblait extérieure à la scène qu’elle vivait. Justine conseilla aux policiers de la faire voir par un psychiatre afin d’écarter toute suspicion de maladie mentale avant de la mettre en examen.
C’est Justine finalement qui prit le bébé, et l’emmena dans l’ambulance. Elle vérifia sur son dossier l’âge de l’enfant, elle pensait tenir dans ses bras un nouveau-né, mais non, il avait bien passé 9 mois… Il ne tenait pas sa tête droite, il n’essayait pas de se servir de ses mains même lorsque l’une des personnes présentes lui proposait un objet, il restait juste là dans les bras de Justine à sourire gentiment.
Une chose étonna tout le monde : aucun des enfants ne pleura une seule fois …
Justine décida de les accompagner à l’hôpital afin de savoir s’ils iraient bien. Ce n’était pas la première fois que sa passion pour son métier débordait un rien, et certainement pas la dernière. Elle voulait juste être rassurée avant d’entrer chez elle. Elle voulait savoir ce qu’il en était.
Les médecins ne découvrirent rien de vraiment alarmant d’un point de vue vital. Par contre aucun des enfants ne parlait. Ils étaient tous en sous poids grave, et ils avaient la galle eux aussi. Mais en gros, ils s’en sortaient bien. Plusieurs avaient même eu des fractures non soignées, certaines datant d’il y a bien longtemps.
Dernière chose : les enfants ne savaient pas manger. Ils regardaient les assiettes qu’on leur avait servies d’un air affamé, mais n’y touchaient pas. Le bébé par contre avait englouti un biberon dans les bras d’une infirmière. Un médecin avait pris la décision de les mettre sous perfusion, afin de les réalimenter doucement, à leur rythme.
En sortant de l’hôpital, Justine appela le policier qui l’avait accompagné chez ces gens. Il lui appris que la maman avait été incarcérée sous ordre du juge d’instruction, et qu’ils venaient à l’instant d’arrêter le père, dans un bistrot étrange du quartier. Il s’était rebellé devant les policiers qui lui avaient demandé de les suivre, arguant qu’il avait le droit de boire, qu’il ne volait rien, que les allocations étaient tombées ce matin et qu’il fallait bien en profiter.
Justine repris sa voiture, et arriva rapidement dans le petit appartement qu’elle partageait avec son amie de toujours. Elle prit une douche tranquillement, et décida d’inviter son amie au restaurant, aucune des deux n’avait envie de cuisiner ce soir. Après le repas, elles décidèrent qu’elles avaient encore le temps d’aller au cinéma voir le dernier film de leur acteur préféré, et en sortant prirent un verre dans un bar tout proche.
Quand Justine éteignit la lumière ce soir-là pour aller se coucher, elle n’eut même plus une pensée pour les enfants découverts le matin même. Et elle ne se posait aucune question quant au dossier qui l’attendrait demain matin au bureau.
Elle allait dormir du sommeil du juste, avec l’impression du travail accompli, et allait peut-être rêvé à un monde où elle serait au chômage, un monde où les parents n’auraient plus besoin de surveillance d’assistantes sociales pour penser à nourrir leurs enfants, un monde où, avec un peu de chance, aucun enfant ne manquerait de nourriture ou d’amour.
Et le matin, elle allait s’éveiller, prendre un copieux petit déjeuner comme à son habitude, et retourner dans les rues essayer encore de sauver le monde en sauvant les enfants.
21:11 Publié dans Rédaction | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
interssante histoire!!!sa se reassmble á la vie que á ma mere
Écrit par : emule | 10.07.2009
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